VisualProjet fait partie de ces logiciels français discrets qui traversent les années sans faire de bruit. Repris en 2023 par la société Apydae, il a changé de discours en profondeur : d’outil de planning Gantt généraliste, il se présente désormais comme un logiciel de pilotage de projets industriels. Son modèle économique a suivi, en passant de la licence perpétuelle à 390 € à un abonnement qui démarre à 29,50 € HT par mois. Dans ce test, nous passons en revue ses fonctionnalités, sa grille tarifaire 2026, sa prise en main et les profils d’entreprises pour lesquels il tient encore la route.
Alternatives à VisualProjet
Avant d’entrer dans le détail, voici trois outils que nous testons régulièrement et qui répondent à des besoins voisins, avec une approche plus collaborative et un déploiement en ligne immédiat.
Si votre besoin porte d’abord sur le planning et les jalons, notre comparatif des logiciels de Gantt couvre un périmètre plus large.
Présentation de VisualProjet

La page d’accueil de VisualProjet, capturée en juillet 2026.
VisualProjet est un logiciel de planification et de suivi de projets développé à l’origine par la société IBU-Soft. Il est aujourd’hui édité par Apydae, une SASU immatriculée au RCS de Tours le 1er juin 2023 et installée à Cormery, en Indre-et-Loire. Le dirigeant, Cyril Blanloeil, est aussi le directeur de la publication du site et l’interlocuteur du support.
Ce changement de main s’accompagne d’un repositionnement assumé. Le logiciel ne se vend plus comme un outil de gestion de projet pour tous, mais comme une réponse aux « environnements industriels exigeants » : bureaux d’études, méthodes, industrialisation, production, achats. La promesse tient en une phrase : piloter les délais, les charges et les coûts au même endroit, sans multiplier les fichiers Excel parallèles.
Techniquement, VisualProjet reste une application Windows installée sur les postes, connectée à un serveur de données HyperFile pour le travail en réseau. Une licence d’accès web complète le dispositif pour consulter et alimenter les plannings depuis un navigateur, sur n’importe quel système. C’est un modèle nettement plus proche de l’informatique de gestion classique que des plateformes SaaS auxquelles nous consacrons la plupart de nos tests.
| Critère | VisualProjet |
|---|---|
| Éditeur | Apydae (Cormery, Indre-et-Loire), SASU créée en juin 2023 |
| Origine du logiciel | Développé par IBU-Soft, repris par Apydae en 2023 |
| Catégorie | Planification Gantt, charge, budget et revue de projet |
| Cible principale | PME et ETI industrielles, bureaux d’études, multi-sites |
| Déploiement | Poste Windows + serveur interne (on-premise), ou accès web |
| Prix d’entrée | 29,50 € HT par mois pour un accès simultané |
| Essai | 30 jours, sans engagement |
| Interface en français | Oui, éditeur et support français |
| Base installée annoncée | Une centaine d’entreprises, plusieurs milliers d’utilisateurs |
| Notre note | 6,5/10 |
À qui s’adresse VisualProjet ?
Le profil idéal se reconnaît à une situation précise : une PME industrielle de 20 à 250 personnes, avec quelques dizaines de projets en parallèle, un service méthodes ou un bureau d’études, et une direction qui veut enfin savoir où passent les heures. Les plannings vivent aujourd’hui dans des classeurs Excel que personne ne consolide, et le sujet du cloud n’est pas politiquement neutre en interne.
VisualProjet coche plusieurs cases pour ce profil :
- hébergement sur vos propres serveurs, sans donnée qui sort de l’entreprise ;
- un coût d’entrée faible au regard des suites de gestion de portefeuille de projets ;
- une logique de charge et d’heures réelles, pas seulement de tâches cochées ;
- un éditeur français joignable directement, sans niveau 1 offshore ;
- la possibilité de faire développer des adaptations spécifiques.
À qui il ne convient pas. Si vos équipes travaillent en mobilité, si vous cherchez une application mobile, une collaboration en temps réel façon tableau kanban, ou une intégration native avec Slack, Teams et un CRM, passez votre chemin : ce n’est ni la promesse ni l’architecture du produit. Les équipes marketing, agences et startups y perdront leur temps. De même, une organisation qui veut déployer en trois jours sans accompagnement trouvera l’installation réseau trop technique.
Les fonctionnalités clés

Les six briques mises en avant par l’éditeur sur son site, en juillet 2026.
1. La planification multi-projets et le Gantt
C’est le cœur historique du produit. Vous construisez une arborescence de phases et de tâches, vous posez les liaisons et les jalons, et le diagramme de Gantt se met à jour. L’écran combine trois zones : la liste des tâches avec durées, charges et coûts, le Gantt à droite, et le plan de charge des ressources en dessous.

Capture issue d’une démonstration officielle publiée par l’éditeur en février 2025.
La densité d’information est élevée : chaque ligne affiche le travail attendu, le réalisé, les ressources affectées, les dates prévues et recalculées. C’est austère, mais c’est exactement ce qu’un planificateur cherche quand il arbitre une planification de projet sous contrainte.
2. La gestion des ressources et le plan de charge
Les ressources sont décrites finement : métiers, équipes, sites, plages horaires, congés, taux horaires. VisualProjet en déduit un plan de charge qui met en évidence les surcharges et les creux, projet par projet ou toutes affaires confondues. Sur un atelier qui partage ses techniciens entre plusieurs commandes, c’est la fonction qui justifie à elle seule l’outil.
3. Le suivi d’avancement et le pilotage budgétaire
La saisie des heures réelles alimente le taux d’achèvement, les écarts entre prévu et réalisé, et le reste à faire. Le module recettes et dépenses ajoute la dimension économique, avec les coûts engagés face au budget initial. Ce couplage entre heures et euros est plus complet que dans beaucoup d’outils de suivi de projet en ligne, qui s’arrêtent au pourcentage d’avancement déclaratif.

L’analyse multi-projets, avec ses indicateurs et la répartition des causes de dérive. Démonstration officielle de février 2025.
4. La revue de projet et le reporting
L’écran de synthèse consolide l’ensemble des affaires sélectionnées : avancement, tâches en retard, heures réalisées, restes à faire, dates de fin probables. Une courbe de trajectoire compare l’objectif d’heures à la réalité. C’est le support naturel d’une revue de projet mensuelle, et l’éditeur en a d’ailleurs fait un chapitre entier de sa documentation vidéo.

La synthèse multi-projets et la trajectoire des heures. Démonstration officielle de février 2025.
5. Les risques, actions et compléments
Chaque projet embarque un registre d’actions et un suivi des « compléments », c’est-à-dire des travaux ajoutés en cours de route, avec leur cause : demande client, sous-estimation initiale, difficulté technique. Cette catégorisation est précieuse pour objectiver les dérives en fin d’affaire, plutôt que de les subir.
Les intégrations disponibles
C’est le point faible du dossier, et il faut le dire clairement. VisualProjet ne propose pas de catalogue de connecteurs comparable à ceux des plateformes SaaS que nous testons habituellement. Les échanges passent par :
- l’export vers Excel des plannings, tâches, heures et rétroplannings ;
- l’import depuis un modèle de projet ou depuis un projet existant ;
- les impressions et éditions PDF pour la diffusion ;
- les liens documentaires vers vos fichiers réseau.
La réserve technique porte sur l’accès web. D’après la documentation de l’éditeur, il repose sur des licences tierces Myriad-connect installées sur la machine réseau et nécessite une adresse IP publique fixe. Le mode réseau exige par ailleurs l’ouverture du port 4900 en TCP. Autrement dit, un déploiement multi-sites se prépare avec la DSI, pas avec une simple création de compte. Aucune API publique documentée n’est mise en avant : si vous comptez alimenter un ERP ou un outil décisionnel, faites-en un point de vérification avant de signer.
Prise en main et ergonomie
Comptez une demi-journée pour créer un premier projet propre, et plutôt deux à trois semaines avant que le paramétrage des ressources, des taux et des modèles ne reflète vraiment votre organisation. L’interface, héritée d’un développement Windows classique, empile les onglets, les icônes et les tableaux. Elle est dense, peu séduisante, mais cohérente : les mêmes logiques se retrouvent d’un écran à l’autre.
L’éditeur documente le produit par la vidéo, avec des tutoriels chapitrés qui suivent le cycle complet, de la création du projet à la revue.
Un point mérite d’être signalé : la chaîne YouTube n’a pas publié de nouvelle vidéo depuis février 2025, alors que le blog de l’éditeur reste alimenté en 2026. Les captures d’écran ci-dessus proviennent donc de la dernière démonstration officielle disponible, et l’interface a pu évoluer depuis. Demandez une démonstration en direct plutôt que de vous fier aux vidéos.
Ce que disent les utilisateurs
Il faut être honnête sur ce point : VisualProjet n’a pas de base d’avis exploitable. Nous n’avons trouvé aucune fiche produit renseignée sur G2 ni sur Capterra, et la fiche Appvizer existe mais ne rassemble qu’un volume d’avis anecdotique. Pour un logiciel qui revendique une centaine d’entreprises clientes, c’est peu, et cela empêche toute comparaison chiffrée avec les outils de notre comparatif des logiciels de gestion de projet.
| Source | Situation au 25 juillet 2026 |
|---|---|
| G2 | Aucune fiche produit renseignée |
| Capterra | Aucun avis consultable |
| Appvizer | Fiche existante, volume d’avis anecdotique |
| Témoignages éditeur | Clients nommés : LASEA, SCAIME, Kalori, Clarins CH |
Les témoignages publiés par l’éditeur méritent une lecture attentive. Les plus anciens sont signés d’entreprises identifiables, avec un nom et une fonction, et insistent tous sur le même point : la réactivité du support et la proximité avec le concepteur. Les plus récents, en revanche, sont attribués à un « groupe industriel », un « équipementier » ou une « ETI industrielle » sans raison sociale, ce qui les rend invérifiables. Nous ne les avons pas retenus dans notre appréciation.
Tarifs de VisualProjet en 2026

Le simulateur tarifaire de VisualProjet, capturé le 25 juillet 2026.
Le modèle a complètement changé. L’ancienne grille reposait sur des licences perpétuelles : 390 € la licence individuelle, 690 € le jeton d’utilisation simultanée en réseau, 180 € par utilisateur web. Elle a laissé place à cinq paliers d’abonnement calculés sur le nombre d’accès simultanés, et non sur le nombre de personnes déclarées.
| Palier | Accès simultanés | Prix affiché | Coût annuel réel |
|---|---|---|---|
| Plan Solo | 1 | 29,50 € HT/mois | 354 € HT |
| Plan 2 | 2 à 5 | 74,00 € HT/mois | 888 € HT |
| Plan 3 | 6 à 10 | 126,50 € HT/mois | 1 518 € HT |
| Plan 4 | 11 à 20 | 196,00 € HT/mois | 2 352 € HT |
| Plan 5 | 21 et plus | Sur devis | Non communiqué |
Trois points de vigilance avant de comparer ces montants à ceux d’un abonnement par utilisateur nommé :
- le prix dépend des connexions simultanées : une équipe de dix personnes qui ne se connectent jamais en même temps peut tenir sur un palier bas, ce qui rend l’outil très compétitif, mais un pic de charge en fin de mois fera basculer de palier ;
- l’éditeur annonce des licences « acquises à vie » tout en facturant au mois, une formulation ambiguë qu’il faut faire préciser noir sur blanc dans le devis ;
- le paramétrage, la formation et les éventuelles adaptations spécifiques ne sont pas inclus dans ces montants.
Sur le simulateur de l’éditeur, une configuration à deux collaborateurs partageant un accès ressort à 354 € HT par an, soit 14,75 € par collaborateur et par mois. Rapporté à ce que coûte une suite de planification équivalente, c’est un tarif d’entrée agressif.
Voir la grille tarifaire complète
Avantages et inconvénients
| Points forts | Points faibles |
|---|---|
| Couplage heures, charges et budget rarement aussi complet à ce prix | Interface Windows datée, sans effort d’ergonomie moderne |
| Hébergement sur vos serveurs, sans dépendance à un cloud étranger | Installation réseau technique, port à ouvrir et IP fixe pour le web |
| Tarif d’entrée très bas et facturation aux accès simultanés | Aucune application mobile ni collaboration temps réel |
| Éditeur français joignable, adaptations spécifiques possibles | Base d’avis externes quasi inexistante, difficile à recouper |
| Analyse des causes de dérive intégrée au suivi | Pas de catalogue d’intégrations ni d’API publique documentée |
| Essai de 30 jours sans engagement | Structure éditrice de très petite taille, à sécuriser contractuellement |
Notre avis sur VisualProjet
VisualProjet n’est pas un outil que nous recommanderions à une équipe projet généraliste. Il est trop austère, trop dépendant d’un poste Windows et trop pauvre en intégrations pour rivaliser avec les plateformes que nous testons chaque mois. Mais ce n’est plus son terrain de jeu, et le repositionnement industriel opéré depuis la reprise par Apydae a le mérite de la clarté.
Sur son créneau, le rapport entre ce qu’il fait et ce qu’il coûte reste remarquable. Peu d’outils à moins de 200 € par mois savent croiser un cycle de vie de projet complet, un plan de charge par métier, des heures réelles et un budget engagé, tout en restant hébergés dans vos murs. Pour une PME industrielle qui pilote encore ses affaires sous Excel, le gain est immédiat.
Deux réserves tempèrent l’enthousiasme. La première tient à la taille de l’éditeur : une SASU de trois ans, sans effectif publié, qui porte seule un logiciel critique pour vos opérations. Faites-vous préciser la réversibilité des données et la continuité de service. La seconde tient au produit : la dernière démonstration publique date de février 2025 et l’interface ne montre pas de signe de modernisation. Exigez une démonstration en direct sur la version courante.
Notre note : 6,5/10. Un logiciel de niche, honnête et bien positionné, pénalisé par son ergonomie et par l’absence de preuves externes.
En bref, VisualProjet mérite le détour si vous cochez trois cases : projets industriels avec de la charge à arbitrer, refus du cloud, et budget contraint. Si l’une des trois manque, les alternatives en tête d’article iront plus vite. L’essai de 30 jours suffit à trancher, à condition de le mener sur un vrai projet et non sur un jeu de données de démonstration.



